La photo jaunie

Publié le par Babou*

Le Papé était là dans son jardin depuis le matin à ruminer… Oui il n’était pas content… mais le Papé ne savait pas crier, alors il se vengeait sur sa bêche, et la Simone les mangerait ses poireaux qu’il détestait…

Depuis combien de temps la Simone n’avait pas fait de sourire, il ne s’en souvenait plus. C’était une femme qui ne rechignait pas à la tâche, toujours en activité… pas comme ces bonnes à rien qu’il voyait au bureau à se limer les ongles. La Simone avait de bonnes mains de travailleuse qui savaient coudre, faire le ménage, la cuisine même si parfois elle ne mettait pas de cœur à l’ouvrage, c’était simple et bon. Peut être que la Simone au fond s’il avait réfléchi, il aurait vu que l’amour elle ne l’avait pas reçu en héritage… mais à cette époque on ne perdait pas de temps pour la psychologie humaine, c’était une science pour ceux qui avaient été au-delà du certificat d’études. Lui c’était le seul diplôme qu’il avait eu, après il avait fallu aider les parents, et puis la guerre était venue…

Ah! La guerre !! A cette idée, il fermait ses yeux délavés par toutes les horreurs qui la nuit le hantaient toujours.

Un voisin derrière le grillage interrompit sa rêverie…

-         Et ben Marcel, tu crois que les poireaux vont se planter tout seul si tu restes à rêvasser et dans un éclat de rire ajouta : Ta Simone é va pas et’ contente…

Alors le Papé était allé serrer la main de son ami de longue date… et puis ils avaient tous les deux grillé une cigarette…

-         ça nous tuera un jour

-         il faut mourir de quelque chose avait répondu Marcel…

-         C’est mercredi tes petits arrivent ?

-         Ne m’en parles pas ils vont encore me griffer tout le gravier avec leur vélo et demain je vais pouvoir ratisser le tour du jardin pour tout remettre en place.

-         Me fait pas rire !! je t’entends, tu sais, t’amuser autant qu’eux…

-         Allez André, je te laisse, il faut que j’aille les chercher à l’école.

 

Et il était parti dans sa vieille 2 Cv pour chercher ses petits qui mettaient la vie dans la maison. Il aimait les regarder manger avec gourmandise les fraises du jardin, et puis parfois de menus travaux de désherbages partagés ensemble était sa gourmandise à lui. Il racontait la guerre aussi pour pas qu’ils oublient et peut être aussi pour qu’ils s’en méfient et qu’ils ne reproduisent pas les erreurs passées. Souvent il jouait avec eux et Simone les grondait tous… lui compris… mais il s’en fichait ce n'était pas grave, il préférait rester cet éternel enfant. Dans le quartier ses papotages étaient légendes… On disait même qu’il était homme à parler au premier chien qui passe…

 

Je me souviens encore du rire de mon Papé dans sa vieille voiture, il donnait des coups de volant, faisant bondir sur ses amortisseurs mon enfance…  mais un jour il n’avait plus parlé et puis André avait eu raison la cigarette l’avait emporté. Ce dernier mercredi où il m’avait  fait venir, il avait marqué sur son ardoise « n’oublie jamais d’être heureuse ma chérie ». Et je lui avais souri pour promettre, la voix étouffée par ma douleur. La Simone est partie quelques années après lui, elle n'avait pas supporté la disparition du soleil de sa vie, et traînait ses journées le cherchant partout… parfois nous l'entendions dire :
 - Marcel tu peux….
Et puis elle s’arrêtait et elle pleurait.

J'ai retrouvé en rangeant sa photo jaunie. Alors j'ai fait un petit cadre et je l'ai posé là sur mon buffet africain. Pour qu'il puisse voir le Papé comme ma vie est heureuse. Et je m'accroche à cet espoir que quelque part il voit et il sait....

Publié dans Mémoire d'un instant

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Nettoue 16/10/2008 10:19

C'est bouleversant d'amour, et me mets les larmes aux yeux. Cela me rappelle bien sur les miennes de photos jaunies.Tu as un grand talent de conteuse, chère Tisseuse
Je t'embrasse Nettoue

Babou* 17/10/2008 16:32


Oh merci venant de toi ce commentaire me va droit au coeur ma Nettoue... Merci beaucoup vraiment... Je sais que de tes photos jaunies aussi naissent de belles histoires et cela me manque déjà de ne
pouvoir aller les lire... ce week end je vais essayer de le faire mais j'ai maman qui vient alors je verrai bien...
Bisous à toi Babou*


Ptitsa 14/10/2008 09:32

Je suis sûre qu'il voit et qu'il sait... ;)

Babou* 14/10/2008 10:31


Merci :) à toi...


Mésange 13/10/2008 03:33

Une histoire touchante que celle de ton papé. Une histoire qui a embrouillé mes yeux mais d'une belle nostalgie. Les gens qui ont marqué notre vie ont laissé un tel vide quand ils sont partis.. Heureusement, le souvenir et la mémoire existent pour nous faire revivre près d'eux. Je regarde cette photo et comme il semblait bon et généreux ton papé. Un partage qui fait du bien..

Bisous Bab*

Babou* 13/10/2008 15:37


Pardon d'avoir brouillé ton regard... cette histoire est juste née de mes derniers rangements... une photo et une page de passé qui s'ouvre un instant le temps des mots... et en froissement de
temps revenir là où il vivait encore... allez au bout de lui pour lui donner encore le droit d'exister encore un peu... Il était bon et généreux tu as raison... il a fait vivre mon enfance dans un
bonheur.
Bisous mon oiseau


B.Secret 12/10/2008 11:09

tu sais,ce que j'aime c'est l'authenticité,le vrai,le palpable,ici,c'est ce que je lis....
Bien a toi.

Babou* 12/10/2008 13:25


Merci ma B. secret de ce message ici, je suis un peu moins disponible en ce moment mais je vais aller vite voir comment tu vas?? Bisous à toi


Malou 11/10/2008 23:46

Qu'il est émouvant, ton papé, les larmes me viennent aux yeux! moi qui n'ai eu ni papé ni mamé! Dis Babou*, tu me le prête un peu ton papé? il me fera rêver à ce passé sépia auquel je rêvais! quelle chance tu as eu et qui se prolonge aujourd'hui dans les souvenirs, dans ces mots encore échangés à travers une photo jaunie. Bises douces. Malou
PS Ne m'en veux pas de mon silence... ne peux faire plus que de me poser de temps en temps

Babou* 12/10/2008 13:18


Oh mon amie je te le prête volontiers... et tous les souvenirs que j'en ai aussi pour qu'ils posent sur ta vie le bonheur que mes ancêtres ont posé sur la mienne...
Ne t'inquiètes pas je ne t'en veux pas de ton silence... moi même en ce moment j'ai pas mal d'occupations qui me rendent moins disponible ici... mais c'est cela la vie.
Tu es un jour entrée dans mon coeur et saches que je pense fort à toi en ce moment pour t'accompagner dans ta convalescence.... Bisous à toi mon amie iodée


chris spé 10/10/2008 23:53

très belle photo... ce p..... temps qui passe et qui emporte tout comme dirait l'autre. chris.

Babou* 12/10/2008 13:11


Ah si on pouvait un instant faire cesser la course folle du temps juste pour avoir le droit de pouvoir encore les prendre dans nos bras..
Merci à toi d'être venue dans cet instant de ma mémoire. Bab*


eva baila 10/10/2008 23:13

Très joli texte, très émouvant. Bises à toi et merci du partage.
eva.

Babou* 12/10/2008 13:08



Merci beaucoup Eva d'avoir aimé la mémoire de cet instant... Bises à toi et bon week end



Rébecca 10/10/2008 21:37

Texte magnifique. Beaux souvenirs que celui des grands-parents. Et en plus, mes enfants appellent mon père Papé, alors je me suis bien retrouvé aussi quelque part dans ces lignes. Bises

Babou* 12/10/2008 13:08


Cette époque de la vie est magnifique elle construit ceux que nous serons plus tard... je suis heureuse pour tes enfants d'avoir eux aussi un Papé qui posera sur la leur cette magie qui des
années plus tard leur portera encore et toujours cette part de bonheur... Merci Rebecca d'être venue à la rencontre de cet homme précieux de mon enfance. Bisous à toi et bon week end.


Limpide 10/10/2008 19:35

Nous gardons de notre enfance des traces secrètes, mais qu'il a été plaisant de s'y replonger même si c'est avec le coeur un peu serré.
ne doute pas, que là où il soit, il demeure infiniment présent
bisous et bon we à toi

Babou* 12/10/2008 13:04



Merci Limpide... je n'oublie pas. Et je suis sûre qu'il m'accompagne encore et me protège de là où il est...
Bon week end à toi aussi et bisous



liedich 10/10/2008 19:06

Parce que tu en doutes ma Lady B qu'il te voit.
Qui crois-tu qui te souffle ce que tu viens d'écrire ? N'as tu donc point senti ces légers souffles et ne t'es tu point retourné vers la porte ou la fenêtre à ce moment en pensant que c'était resté ouvert ? N'as tu tendu l'oreille un instant en croyant que tu.... Et bien oui, Lady B, c'est cela l'amour qui ne finit jamais.
Ces filtres de lumière venus d'on ne sait où ! Ces choses que l'on croit déjà avoir faites.
Lady, ferme les yeux et regarde au fond de Toi : il vient de me dire qu'il te souriait.
Photo jaunie, amour transi, pour ma Lady.
Et le B d'un baiser. Pour Toi de Lui, de Papé.
Douce nuit enfant d'amour.

Babou* 12/10/2008 12:58


Mais c'est donc cela le châle que je fus obligé de poser sur mes épaules... 
Merci sir Liedich de ce magnifique commentaire qui me va droit au coeur. Tu as un instant fait revenir à ma mémoire son sourire... merci merci pour tout.
Bisous d'une étoile à son poète... 


Claudie 10/10/2008 16:09

C'est malin... faire pleurer les gens !
(sourire)
C'est un mal qui tellement du bien de se rappeler ces souvenirs d'enfance.
Merci de nous l'avoir fait partager Babou*.
Grosses bises d'un Nord ensoleillé.
Clo

Babou* 12/10/2008 12:31


Pardon mon amie... pour les larmes versées... Mais je suis d'accord avec toi y penser fait mal pour l'absence qu'ils ont laissé mais est bien pour faire vivre leur mémoire... Gros bisous très
ensoleillés d'ici Babou*
Ps Pour le boulot j'ai la réponse lundi après midi mais cela a super bien été...


katherine 10/10/2008 16:02

Ton histoire souvenir de ton grand-père est très très émouvante.
Je repense alors à mon grand-père que j'aiamais tant ( j'ai écrit un poème sur lui : "Bon-Pa" à la page 4 )et qui me manque si souvent.
Bisous

Babou* 12/10/2008 12:23


Il est magnifique ton Bon Pa et j'aime savoir que chez toi aussi un jour tu transmettra sa mémoire... c'est cela les faire vivre encore et toujours
Bisous à toi


ut 10/10/2008 15:58

Tu m'en mets les larmes aux yeux! Ton Papé il sait que tu es étoile, que tu es faite pour briller :)
Je t'embrasse.
PS La photo de ton Papé me rappelle un autre amour qui est parti il n'y a pas si longtemps; sûr qu'ils discutent dur tous les deux...

Babou* 12/10/2008 12:11


Pardon pour les larmes... Et comme toi je suis sûre qu'ils discutent tous les deux... en voyant réunie une note de musique à une poussière d'étoile.... Bisous à toi ma note de vie...


mamadomi 10/10/2008 14:05

ah les grands esprits... comme dirait kanya..
ou plutôt l'inconscient collectif...
je suis en train de peaufiner un article sur mon papi...Le Georges...sous presse incessamment!!
j'avais l'intention de prendre un ton détaché...mais j'y arrive pas...c'est donc en stand by...c'est vrai que j'ai plus de mal avec les trucs perso, affectifs...alors je rame

j'arrive chez toi et que ne vois-je pas...? le papé!!
mince, je le crois pas lui aussi la casquette et la clope...la guerre et la détermination à bien faire et l'amour de ses petits enfants...
c'est une génération particulière...

en tous cas, après avoir vidé quelques centilitres de larmes de cette joie triste de l'amour, de l'histoire et des mots sincères et bien tissés...me revoilà, le temps de m'occuper de ma maisonnée...je ne relis pas tout de suite, je dois finir Le Georges sans trop me souvenir de ton texte...
mais je reviendrai le relire après édition.
retrouver l'émotion de tes mots...je serai sans doute plus distante dans le ton, je me connais...:)
bisou frangine!!!! ...rires...et encore bravo, c'est magnifique.

Babou* 10/10/2008 15:24



Oh écris le... laisses toi porter par ton coeur... ne prends pas un ton détaché... d'abord cela ne serait pas toi... et ensuite mérite t'il cela... parles moi de ce Georges que je n'ai pas eu la
chance de connaître... qu'il traverse ma vie imprimé dans la mémoire de tes mots... et qui sait peut être que là où ils sont ils se diront ces deux là se sont bien trouvées... ma frangine...
rires
Tu m'as mis le coeur en joie et je pars toute pétillante à mon entretien...
Un gros bisou de coeur pour toi



stellamaris 10/10/2008 13:14

Magnifique portrait ... Bises

Babou* 10/10/2008 15:20


Merci mon ami Bises à toi


cardamome 10/10/2008 12:40

agreable à lire cette histoire de papé et comme toujours, c'est limpide, fluide on croirait se retrouver dans un roman de giono

Babou* 10/10/2008 15:19


Wahou!! du Giono... Béa tu fais fort.... rires mais cela me va droit au coeur... ah si seulement tu disais vrai...
Merci beaucoup de ce magnifique commentaire...


loic-emmanuel 10/10/2008 12:11

Bien sûr qu’il sait ! Beau vieil homme qui savait la vie. Ils étaient solides en ces temps où les cocons n’existaient pas. Et les couples vivaient leur vie, tous deux soudés pour la vie, avec leur travers, mais ils savaient vivre avec… Bien des leçons de vie devant lesquelles nous restons humbles… Belle page Babou ! Amitiés. Loic

Babou* 10/10/2008 15:18



Comme ton message me touche mon ami... merci d'avoir aimé mon Papé le temps de quelques mots... Amitiés Babou*



krybaby 10/10/2008 12:08

Votre blog est tres agreable a parcourir.
merci.

Babou* 10/10/2008 15:16


oh merci quel gentil message et bien soyez bienvenu ici


aimela 10/10/2008 10:13

ton papé m'a fait monter les larmes Babou, j'ai revu un instant mon grand père sauf qu'il ne jardinait pas, c'est dans son atelier de menuiserie qu'il nous amenait lorsqu'il éteignait les machines et puis il nous faiser tourner la roue de la meule pour aiguiser ses couteaux...

Babou* 10/10/2008 10:18



Dis tu me raconteras l'histoire du tien... que je sente dans les copeaux de bois la vie des mains qui surement ont accompli de belles choses... Pardon de t'avoir fait pleurer là n'était pas mon
intention mais cette photo trouvée a fait monter ce moment de nostalgie pour cet homme qui a bercé mon enfance.
Bisous mon amie