Arigatô Maya

Publié le par Babou*

Arigatô Maya

Elle m’avait dit : sois écrivain

Assise dans ce train qui file à toutes vitesse, je regarde le paysage délavé par la pluie. Sur la vitre des gouttes doucement glissent brouillant l’image. Une question depuis mon départ m’interpelle. Pourquoi la vie ? Quand tout ce qu’elle vous donne est repris.

Soudain notre individualité s’est imposée à moi. Je regarde autour de moi pour mieux me rendre compte.

La jeune femme assise près de moi s’est installée, sa bouteille d’eau à portée de main, sur son Ipad elle joue, elle rentre chez elle.

Dans l’autre rangée un jeune homme encadré par trois gendarmes, menottes au poing regarde par la vitre le regard dans le vide. Un juge va décider des prochaines années de sa vie, pour une bêtise que lui seul a choisi de commettre.

Si je suis dans ce train… ici et maintenant… c’est parce que Maya est morte dimanche matin. Elle n’avait que 37 ans et toute sa vie était grande ouverte… avec des projets… Au printemps elle devait me rejoindre pour quelques jours de fous rires.

J’ai eu beau hurlé pourquoi ? Rien, ni personne ne me donnera jamais la réponse.Le bruit des rails pour seul écho à ma douleur.Je pleure doucement sur le paysage… même le ciel pleure avec moi cette petite sœur.

Que reste t’il à ceux qui n’ont plus personne à aimer.

Alors doucement est montée en moi une certitude, celle d’être née dans une famille formidable. Une famille qui aime les siens, qui respecte chacun d’entre eux pour les individus qu’ils sont. J’ai su que Maya avait emporté avec elle cette part d’amour qu’elle avait trouvé en chacun de nous et qui lui était destinée. Et je me sentais en paix de savoir qu’elle était partie avec ce trésor en son coeur.

Je sais que l’amour des siens on l’emporte le jour où notre livre doit se refermer… mais en fermant le sien elle a fait tomber mon enfance… et plus rien ne sera jamais comme avant. Chaque matin un court instant j’espère que ce ne soit qu’un cauchemar… et tous les matins mon cœur saigne sur l’évidence…

Alors je vous le dis : vivez… vivez sans regret… sentez le vent comme une caresse dans vos cheveux… laissez glisser la pluie comme des baisers mouillés… et lorsque vous verrez monter la lune dans le ciel… n’importe où dans le monde elle vous dira que les vôtres sont près de vous. Aimez les vôtres… pour ce qu’ils sont... sans chercher à les changer.

Il y a en chacun de nous cette part de vérité qui nous rend unique.

Moi je regarderai cette petite étoile qui brille maintenant au milieu de toutes les autres. Merci à toi d’avoir partagé nos vies… tu es et restera la lumière qui éclairait notre chemin.

Arigatô ma petite abeille…

Publié dans Fragments de moi

Commenter cet article

Nadine 23/04/2014 16:50

J'ai beaucoup de regrets ma Bab de n'être pas venue ici à temps.
Je serais venue laisser un mot de réconfort et un beau coucher de soleil pour Maya, si jeune, qui a fait tomber ton enfance...
Oui, que serait la vie sans amour, sans ces parcelles de tendresse que nous livre au quotidien la brise de nos amitiés, nos enfants, nos proches...
Tu es bien belle ma précieuse amie, là-bas...

Babou* 23/04/2014 19:34

Ne t'inquiètes pas mon amie tu es si près de moi dans mes pensées... et surtout tu fais partie des trésors de ma vie que je chéris. Tu as raison que serait la vie sans ces êtres qui illuminent nos chemins.
Toi aussi tu es précieuse mon amie de l'horizon. Je t'embrasse fort pour nous deux.

CARDAMOME 14/02/2014 19:57

quelle limpidité dans cette écriture! et ça ne pouvait pas mieux tomber ...enfin correspondre au sentiment que j'ai eu hier...13 janvier, jour de ma fête mais surtout jour anniversaire de mon pauvre papa.... il aurait eu 99 ans (le tout premier article de mon blog lui était consacré). tu sais si bien décrire ces émotions..je t'embrasse chère Babou

Babou* 15/02/2014 10:58

Tu sais elle dort aujourd'hui dans ce joli coin de Provence qu'elle aimait tant.
En lisant ton commentaire j'ai pensé à sa dernière lecture.
« Une femme venait de perdre son enfant et elle vient voir Bouddha pour qu'il fasse un miracle. Alors Bouddha lui demande pour cela tu devras me ramener des grains de moutarde mais seulement ceux que tu trouveras dans une famille qui jamais n’a connu le deuil. Alors la femme part dans cette quête… et elle se rend vite compte que partout où elle passe là un père, un frère ou une sœur, un enfant… chaque famille porte un deuil en son cœur. Epuisée mais apaisée par la prise de conscience qu’elle n’était pas la seule à souffrir d’un deuil, et que la mort était le lot de tous les vivants. »
Nous sommes tous confrontés à cela un jour où l’autre. Merci beaucoup d’être passé ici. Je t’embrasse fort.

Malou 14/02/2014 13:57

Ton billet me touche profondément ma chère Bab*. Après la perte d'un être chéri, la vie jamais n'est comme avant.Il semble qu'on se rapproche de l'essentiel de la vie qui tout à coup s'épure....C'est très vrai que diffuser aurprès de sa famille, 'amour, écoute, empathie nous laisse lors de la séparation dernière comme une richesse de coeur, une chaleur, une douceur qui rend peut-être le départ moins douloureux, le vide un peu moins vide, une petite lueur au fond du grand chagrin. Toutes mes pensées toute douces vers toi, ma chère Bab* Je t'embrasse fort.

Babou* 15/02/2014 10:46

Merci Malou de ses paroles réconfortantes... Le plus dur c'est chaque jour reprendre pied dans la réalité. Mais cela tu le sais. Je t'embrasse fort aussi.

aimela 13/02/2014 17:39

Ce n'est pas évident d'accepter surtout lorsque nos proches sont si jeunes. Courage chère Babou et bises

Babou* 13/02/2014 17:54

Merci Aimela pour ton message... Bises à toi aussi

Snow 13/02/2014 16:34

Ma douce, pour avoir vécu aussi ces pertes même avec des proches que je ne vois plus, je comprends tes sentiments.. Accepter ce qui Est nous demande souvent un effort que l'on croit sur-humain.. et pourtant, on se rend compte que ça nous dépouille du superflu, de croyances.. et.. que ce qui reste d'eux est le plus important, l'amour que l'on leur porte encore et toujours dans notre coeur.. Bises

Babou* 13/02/2014 17:02

Je sais qu'il va me falloir faire avec cette évidence. Je suis d'accord avec toi quand tu dis que cela nous dépouille du superflu de tel évènement... Gros bisous à toi Snow et merci de ces mots.